Je précise d'abord que je ne mets évidemment pas tous les joueurs policiers dans le même panier. J'ai eu de très bonnes interactions avec certains. Mon ressenti concerne plutôt une manière de jouer le métier que je rencontre régulièrement depuis mon retour sur le serveur.
1 — Des interactions parfois trop mécaniques
J'ai parfois l'impression qu'on verbalise parce qu'on peut verbaliser, qu'on arrête parce qu'on peut arrêter, sans forcément chercher à construire quelque chose autour.
Exemple tout simple : lors d'une de mes premières interactions, je suis juste à côté de mon véhicule et un policier me met directement une amende. J'aurais largement préféré qu'il vienne me parler : contrôle, remarque sur le stationnement, discussion, éventuellement mauvaise foi de mon personnage, puis verbalisation.
L'amende peut rester exactement la même, mais entre-temps on a créé une scène RP. D'autant plus que le règlement encourage justement policiers, maires et DGSI à enrichir leurs scènes avec des éléments narratifs et des interactions créatives.
2 — Une recherche de l'action qui prend parfois le dessus sur le RP
Lorsque j'ai joué Maire pour la première fois, j'ai essayé de rencontrer les services de police, de discuter de la sécurité, de l'organisation de la ville, de la coopération entre la mairie et les forces de l'ordre, etc.
Quelques policiers ont joué le jeu et j'ai eu de bonnes interactions. Mais j'ai également constaté qu'il était difficile de mobiliser durablement des joueurs autour de ce genre de scène. J'ai parfois le sentiment que certains préfèrent repartir rapidement sur les braquages, poursuites, arrestations et autres actions davantage orientées PvP.
Je n'ai évidemment rien contre les braquages, les interventions ou les fusillades : ça fait partie du serveur. Mais le métier de policier peut produire énormément de RP en dehors du combat : réunions, patrouilles, contrôles développés, enquêtes, échanges avec les citoyens, négociations, organisation avec le Maire, tensions institutionnelles, prévention, etc.
Une scène construite peut d'ailleurs finir par mobiliser énormément de joueurs sans qu'il soit nécessaire qu'elle se transforme systématiquement en fusillade.
3 — Une escalade parfois beaucoup trop rapide
C'est probablement ce qui me gêne le plus : certaines interactions passent très rapidement de désaccord → menottes → arme → sommations → arrestation ou mort.
Au Burger King par exemple, mon personnage venait d'être élu Maire et critiquait publiquement la police en annonçant vouloir la réformer. Pour moi, c'était volontairement une énorme perche RP.
Des policiers pouvaient venir défendre leur institution, interpeller politiquement le Maire, lui demander ce qu'il reprochait à la police, faire intervenir un supérieur, provoquer une réunion, contester publiquement sa réforme… Il y avait énormément de possibilités.
Au lieu de cela, la situation s'est rapidement transformée en arrestation pour outrage, menottes, arme, sommations puis mort de mon personnage.
Même lorsqu'une intervention est réglementaire, je trouve dommage de chercher systématiquement la manière la plus rapide de terminer une scène, plutôt que celle permettant éventuellement de la développer.
4 — La mort d'un personnage ne devrait pas devenir une manière banale de terminer une interaction
Je tiens d'ailleurs à préciser quelque chose concernant les différentes scènes où mon personnage est mort : je n'ai jamais joué de personnage illégal. Je n'ai jamais eu d'arme sur moi, jamais transporté de drogue, jamais braqué qui que ce soit et je n'ai jamais volontairement mis en danger la vie d'un policier.
Pourtant, plusieurs interactions avec les forces de l'ordre ont fini par la mort de mon personnage.
Je comprends parfaitement qu'un policier puisse faire usage de son arme lorsque la situation le justifie réellement. Mon propos n'est absolument pas de dire qu'un personnage légal doit être intouchable. Mais pour moi, tuer un joueur doit rester l'aboutissement d'une situation suffisamment grave et cohérente, et non devenir une manière rapide de mettre fin à une interaction devenue compliquée.
Quand mon personnage est désarmé, menotté, ne représente pas une menace immédiate et n'a jamais cherché à attenter à la vie d'un policier, j'attends justement que les possibilités RP soient privilégiées avant d'en arriver à sa mort.
C'est d'autant plus important avec le métier de Maire : lorsque mon personnage est tué, je ne perds pas simplement quelques minutes. Je perds mon métier et toute la construction RP qui était en cours autour de mon mandat : les lois mises en place, les rencontres prévues, les discours, les relations avec les citoyens et les scènes que j'essayais de construire avec les autres métiers.
Encore une fois, je ne demande aucune immunité parce que je joue Maire. Si Claude Lanchois sort une arme, menace quelqu'un ou crée une situation justifiant réellement qu'on lui tire dessus, aucun problème.
Mais justement, ce n'est volontairement pas le personnage que je joue.
Claude peut être provocateur, critiquer la police, annoncer des réformes, contester certaines décisions ou créer des tensions politiques, mais j'essaie précisément de créer du conflit RP sans créer systématiquement une menace physique, pour que ces conflits puissent se développer par le dialogue, la politique, la négociation ou les désaccords institutionnels.
Si ce genre de conflit finit malgré tout régulièrement par une balle, on perd énormément de possibilités de jeu.
5 — Le respect des contraintes du métier doit fonctionner dans les deux sens
Le règlement impose beaucoup de choses aux citoyens et au Maire, ce qui est parfaitement normal. Mais la police possède également ses propres contraintes.
Par exemple, la règle 10.1 prévoit que les patrouilles effectuées en véhicule de fonction doivent être composées d'au moins deux policiers. Il existe également des règles concernant l'utilisation des gyrophares.
Donc lorsqu'on demande aux autres joueurs une application particulièrement stricte du FearRP, des sommations, du refus d'obtempérer, etc., je trouve cohérent d'être également rigoureux concernant les règles propres au métier de policier.
6 — Être Maire devrait justement permettre de créer beaucoup de RP avec la police
Je ne demande absolument pas « Maire = Roi ». Le Maire est lui-même soumis au règlement et doit pouvoir être verbalisé, arrêté ou emprisonné lorsqu'il commet réellement quelque chose qui le justifie.
Mais quand je joue Claude Lanchois et que j'annonce une réforme de la police, que j'organise un discours, que je veux rencontrer les policiers ou que je critique leur fonctionnement, ce sont volontairement des perches RP.
La police peut parfaitement s'opposer au Maire. Elle peut même avoir une relation catastrophique avec lui. Mais justement faisons-en quelque chose.
Une réunion qui dégénère verbalement, un commandant qui refuse une réforme, des policiers qui contestent publiquement le Maire, une négociation tendue, une manifestation de policiers, un ultimatum institutionnel… Tout cela peut créer du jeu pour énormément de personnes.
7 — Ce que j'aimerais finalement, c'est moins de “faire pour faire”
Mon problème n'est donc pas qu'il existe des amendes, des arrestations, des poursuites ou des fusillades.
C'est lorsqu'elles deviennent une finalité plutôt qu'un outil permettant de créer du RP.
Je n'ai aucun problème à ce que Claude soit verbalisé, arrêté, emprisonné ou politiquement mis en difficulté lorsque la scène le justifie. Au contraire : ça crée du jeu et des conséquences pour mon personnage.
Je préférerais largement me faire arrêter après une scène de dix minutes mémorable, avec des échanges, des tensions et des conséquences, plutôt que de voir une interaction se terminer immédiatement par trois sommations et une balle.
C'est ça, au fond, mon propos lorsque je parle parfois de « police Far West ». Ce n'est pas « Police = méchants », ce n'est pas « Maire = tout-puissant » et ce n'est certainement pas une demande d'immunité pour mon personnage.
C'est simplement que j'aimerais voir davantage de policiers qui jouent des personnages et construisent des scènes, et un peu moins de situations où l'on joue principalement les mécaniques du métier.
Parce qu'au final, policiers, criminels, citoyens, Maire ou DGSI, on est tous là pour la même chose : créer des interactions et des scènes dont les autres joueurs auront envie de se souvenir.